Je viens de voir une redif de « Hep taxi » sur la2. C’était avec Amélie Nothomb. Depuis 1992, depuis qu’elle a sorti sa plus grande oeuvre, l’Hygiène de l’assassin, je suis au rendez-vous à chaque rentrée littéraire, en septembre, quand sort son nouveau bouquin. Je les ai tous lu avec la même délectation, le même plaisir d’un bout à l’autre. Des orgasmes littéraires quand on sent qu’elle aussi, prend son pied à écrire, à formuler de telle ou telle façon sa phrase. Et en même temps, sa plume semble avoir traversé le papier de part en part sans que sa main ne puisse s’arrêter, on sent un trop-plein d’idées, d’envies, de mots. Et on se réjouit pour elle, on sent qu’elle aime le livre, on a l’impression qu’en tenant les pages du bout des doigts, on lui tient la main. A chaque fois que je termine un de ses bouquins, je me dis « Mais quel génie! Vivement dans un an ».
Ses bouquins témoignent de son rapport à la beauté, ou plutôt à la laideur, si tant est que ces mots soient différents dans son vocabulaire bien à elle. Ils montrent aussi sa relation avec la nourriture (Amélie a été anorexique) ainsi que sa relation avec les bouquin, l’alcool, le chocolat, les fréquents déménagements de ses parents (son père est diplomate), les pays et les gens de son coeur, les carpes (no comment, lisez la métaphysique des tubes!)
J’ai appris à connaître sa vie dans ses bouquins biographiques. En 1992, j’avais 12 ans, j’étais loin de m’imaginer qu’une femme que j’admirais avait vécu son adolescence comme je commençais et allais vivre la mienne (le côté mystique en moins… quoique…icon. Il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que ses livres non biographiques avaient quand même en eux une grosse part d’elle. L’hygiène de l’assassin démontre cette haine de l’adolescence quand un garçon tue la fille qu’il aime parce qu’elle grandit, parce qu’elle va être réglée, parce qu’elle va avoir des boutons (qui sait?!), parce que sa voix va changer, parce qu’elle n’aura plus ce corps parfait, et parce qu’il veut lui éviter toutes ces souffrances.
Amélie Nothomb a une voix aiguë, une voix qui chante, avec des intonations et des silences qui veulent tout dire. J’entends sa voix quand je la lis. Son visage a l’expression de ses bouquins: la stupeur. Elle semble toujours étonnée du monde dans lequel elle vit, des gens qu’elle rencontre. Il ne faut pas lire ses bouquins, il faut les goûter, les manger, les dévorer, les digérer. Et recommencer pour tenter de vraiment la comprendre, mais en sachant très bien qu’elle est trop complexe pour ça. La biographie de la faim marque la fin de sa biographie.
Dans la suite, la bibliographie complète d’Amélie Nothomb.
PS. Devinez pourquoi j’ai choisi ce titre. (hahahahahahahaha)








